RCC / PAEC : ce que révèle désormais le projet en cours

Courant janvier, la direction de Capgemini a annoncé son intention de supprimer jusqu’à 2 400 postes dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective (RCC).

Depuis plusieurs mois, nous alertons sur les conséquences sociales, organisationnelles et humaines d’un tel projet.

Les éléments désormais communiqués dans le cadre des consultations internes, notamment au sein du CSE de Capgemini Engineering / ER&D, permettent aujourd’hui de mieux comprendre la logique du dispositif actuellement en cours de négociation.

Même si ces éléments concernent pour l’instant principalement cette entité, ils donnent une vision particulièrement révélatrice de l’orientation globale prise par la direction.

1. Une restructuration qui ne dit pas son nom

Malgré les termes utilisés autour de la « mobilité », de « l’adaptation des compétences » ou du « volontariat », les documents présentés dans le cadre des consultations internes confirment qu’il s’agit bien d’une restructuration.

Le projet prévoit :

  • des suppressions de postes ;
  • une future organisation cible ;
  • des impacts sur l’emploi, les collectifs de travail et les conditions de travail.

Autrement dit, derrière l’intitulé “PAEC” (Plan d’Adaptation de l’Emploi et des Compétences), se dessine en réalité une restructuration de grande ampleur avec suppression de postes et réorganisation des activités.

2. Un choix de gestion avant tout financier

Les éléments analysés montrent également que ce projet ne repose pas sur une situation de faillite ou de cessation d’activité.

L’entreprise demeure bénéficiaire et poursuit :

  • des recrutements ciblés ;
  • des investissements ;
  • des stratégies de croissance externe.

Dans ce contexte, les suppressions de postes apparaissent avant tout comme un choix de gestion orienté vers :

  • la restauration des marges ;
  • l’optimisation financière ;
  • et les objectifs fixés par les marchés financiers.

Plusieurs analyses internes montrent également :

  • un manque d’anticipation des évolutions du marché ;
  • des politiques de délocalisation progressives ;
  • une adaptation insuffisante des compétences internes ;
  • ainsi qu’une perte progressive de savoir-faire sur certains périmètres.

Pourtant, les salariés constituent le principal capital humain et technique de l’entreprise.
Le véritable enjeu devrait être l’investissement dans les compétences et l’évolution des métiers, plutôt que l’organisation d’une réduction des effectifs.

La poursuite de cette tendance pourrait entraîner d’importantes répercussions sociales et contribuer à dégrader durablement, dans l’opinion publique, l’image de l’une des entreprises les plus emblématiques de la France. 

3. Des suppressions de postes ciblées

Les éléments présentés montrent également que le projet repose sur des mécanismes de ciblage par catégories d’emploi et critères d’éligibilité.

Cela soulève plusieurs interrogations :

  • quels salariés pourront réellement bénéficier du dispositif ?
  • selon quels critères ?
  • avec quel niveau de transparence ?

Plusieurs risques apparaissent :

  • subjectivité de certains critères ;
  • filtrage des candidatures ;
  • limitation du volontariat réel.

Ces éléments renforcent le sentiment d’incertitude déjà fortement présent parmi les salariés.

4. Santé, intermission et dispositifs de performance : une vigilance renforcée

Les éléments examinés dans le cadre des consultations sociales du CSE de Capgemini Engineering / ER&D font apparaître :

  • une montée des inquiétudes ;
  • une dégradation du climat social ;
  • une augmentation des situations de stress et d’épuisement professionnel.

Les salariés en intermission, ainsi que ceux concernés par des dispositifs d’évaluation ou de performance renforcée, apparaissent particulièrement exposés aux risques psychosociaux.

Par ailleurs, depuis plusieurs mois, de nombreux salariés nous signalent notamment :

  • des objectifs difficilement atteignables ;
  • des changements répétés de positionnement ;
  • des évaluations dégradées ;
  • des PRPA vécus comme incohérents ou irréalistes ;
  • des difficultés de dialogue avec certains managers ou services RH ;
  • une pression croissante dans un contexte d’incertitude.

Dans certains cas, ces dispositifs sont perçus comme des mécanismes de fragilisation ou de mise à l’écart.

Ces situations doivent être prises au sérieux au regard de l’obligation de protection de la santé physique et mentale des salariés prévue par le Code du travail.

5. Une contradiction majeure : suppressions de postes et recrutements simultanés

Un autre point interroge fortement : l’entreprise continue à recruter sur certains profils tout en organisant parallèlement des suppressions de postes.

Les dispositifs d’adaptation des compétences présentés apparaissent, eux, limités et très encadrés.

Cela alimente le sentiment que la priorité reste davantage la réduction rapide des coûts que la construction d’une véritable politique durable de développement des compétences.

6. Un dialogue social de plus en plus déséquilibré

Depuis le début des négociations, de nombreux salariés constatent :

  • un manque de transparence ;
  • l’absence de communication claire ;
  • des informations partielles ou contradictoires ;
  • et une forte difficulté à obtenir de la visibilité sur leur avenir professionnel.

Les remontées du terrain et le déroulement actuel des négociations renforcent le sentiment d’un dialogue social à sens unique, où les marges réelles de discussion sur le fond du projet apparaissent particulièrement limitées.

Ce contexte contribue à installer un climat d’anxiété généralisée au sein de plusieurs entités du groupe.

Notre position

Nous maintenons que :

  • la suppression de 2 400 postes dans une entreprise bénéficiaire n’est pas une fatalité ;
  • la formation et l’adaptation des compétences doivent primer sur les suppressions d’emplois ;
  • les salariés ne doivent pas porter les conséquences de choix stratégiques qui n’étaient pas les leurs ;
  • la protection de la santé physique et mentale doit devenir une priorité réelle.

Nous continuerons :

  • à informer les salariés ;
  • à analyser les remontées du terrain ;
  • à alerter sur les dérives constatées ;
  • et à défendre les droits des salariés concernés par cette restructuration.

Nous invitons chaque salarié à rester vigilant, à conserver une trace écrite des échanges importants et à nous signaler toute situation préoccupante.

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